Un bon docteur et un implant révolutionnaire pour chiens

Un bon docteur et un implant révolutionnaire pour chiens

Bertrand Lussier est la tête pensante d'un projet-pilote visant à fabriquer des implants personnalisés pour chiens... qui pourraient aussi aider les humains!

3 avril 2019

Ces temps-ci, le vétérinaire Bertrand Lussier suit attentivement les progrès de cinq patients canins. Ils sont anonymes, car leur traitement est encore expérimental. Non seulement des résultats positifs suite à leur chirurgie pourraient-ils changer la donne dans le traitement de l'ostéosarcome canin, mais ils pourraient aussi révolutionner la médecine humaine.


Ostéo-quoi ?
L'ostéosarcome est la tumeur cancéreuse des os la plus fréquente chez l'espèce canine. Une affection qui atteint essentiellement le radius distal (le plus gros os de l'avant-bras) des chiens de grande taille et qui cause de la douleur et de la boiterie, en plus d'accroître les risques de fractures.


Or, si les chiens atteints peuvent parfois éviter l'amputation et préserver leur patte en recevant un implant, il n'en demeure pas moins que des complications (infection, réapparition locale de la tumeur, bris du matériel ou des os impliqués lors de la réparation...) surgissent dans pas moins de 80 % des cas.


Une fine technologie
C'est pour pallier cette problématique qu'avec l'aide d'une équipe de chercheurs, le médecin vétérinaire Bertrand Lussier, chercheur et professeur à l'Université de Montréal, s'est mis en tête de penser une alternative à la prothèse standard, qui est actuellement offerte dans deux formats seulement :


« J'ai eu envie de créer une prothèse qui soit adaptée à chaque chien, plutôt que d'espérer que la morphologie des chiens s'adapte à une prothèse unique. »"- Dr Bertrand Lussier


En 2014, lorsque son collègue ingénieur Vladimir Barilovski lui a demandé de quelles façons l'impression 3D pourrait lui être utile en médecine vétérinaire, Bertrand Lussier y a tout de suite vu l'opportunité de concrétiser son idée.


Ensemble, ils ont mis au point un protocole qui, jusqu'à maintenant, semble annoncer des résultats probants. Afin de fabriquer une prothèse adéquate pour le chien malade, les experts réalisent un scan de ses deux pattes avant. Puis, en effectuant une opération « miroir » à partir de l'os sain, ils conçoivent un implant unique. Cet implant épouse chaque courbe de l'os qui sera coupé et est agencé à une plaque percée de 18 trous, servant à le visser en place sur le radius et les os métacarpiens. Une fois la prothèse « dessinée », elle est acheminée à une imprimante laser 3D qui l'imprime en titane. On imprime également un guide chirurgical en plastique, qui garantit que la coupe de la partie atteinte de l'os (environ 50 % du radius) est identique à celle qui a été modélisée virtuellement. Par la bande, l'intervention chirurgicale s'en trouve bien simplifiée.


Après la greffe, le chien demeure hospitalisé quelques jours, puis retourne à la maison avec un léger bandage ainsi qu'une médication (analgésiques et antibiotiques, au besoin). Il reçoit également un suivi, notamment en chimiothérapie. Car il faut savoir qu'un chien atteint (qu'il soit amputé, greffé ou qu'il ne reçoive aucun traitement), a une espérance de vie d'environ six mois après le diagnostic. En revanche, il pourra vivre un an s'il reçoit de la chimio.


Si la prothèse ne peut pas promettre de rallonger la vie de l'animal, elle devrait toutefois lui offrir une fin de vie de meilleure qualité."


Un projet-pilote emballant
Soumis à une étude expérimentale depuis septembre 2017, le projet-pilote réunissant cinq chiens va résolument bon train, si on en croit le docteur Lussier : « Mon collègue chirurgien Bernard Séguin, de la Colorado State University, a effectué chacune des greffes. Ce qu'on constate jusqu'à maintenant, c'est que notre méthode raccourcit beaucoup la procédure. Avec l'implant standard, il fallait compter deux bonnes heures pour compléter l'intervention. Avec celle-ci, on parle d'environ 35 minutes. »


C'est sans oublier que cette nouvelle endoprothèse s'avère beaucoup plus polyvalente. « L'un des chiens que nous avons opérés avait une tumeur qui remontait très haut sur son os. On a donc conçu spécialement pour lui un tout nouveau modèle, qu'on a vissé sur d'autres os. Par ailleurs, dans le cas d'un os fracturé, notre technologie permet de créer une prothèse poreuse facilitant l'intégration osseuse. »


Une médecine vétérinaire... humaine
Selon les pronostics, les chiens traités par l'équipe de Bertrand Lussier vont tous éventuellement mourir du cancer. Néanmoins, pour l'instant, chacun d'entre eux se porte bien.


« L'idée même de notre projet, c'était bien sûr de réduire les complications liées à l'intervention, rappelle le vétérinaire. Mais on tenait aussi à ce que notre technologie soit accessible. Ainsi, advenant le cas qu'elle soit éventuellement offerte au grand public, nous ferons en sorte qu'elle le soit à un prix semblable à celui de la méthode actuelle. On ne cherche pas à faire de l'argent, on veut simplement améliorer la qualité de vie des chiens malades ! »


Et pas que des chiens. Car il n'est pas exclu que dans l'avenir, une version de l'endoprothèse créée par Bertrand Lussier et son équipe soit également utilisée en médecine humaine : « On a encore des devoirs à faire, c'est certain, mais on discute quand même actuellement avec des orthopédistes d'un autre projet-pilote. De nombreux experts de la santé se targuent de prôner l'approche ″One World, One Medicine″, de vouloir collaborer pour venir collectivement en aide aux animaux, aux humains et à l'environnement... Nous, on essaie de ne pas trop en parler, mais de le faire! »


Une aventure des plus inspirantes à suivre, et dont on ne manquera pas de vous raconter chaque développement.

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